« Le cancer du poumon est le deuxième cancer le plus fréquent en Belgique, et aussi le plus meurtrier. Cela s’explique par le fait que les symptômes n’apparaissent souvent qu’à un stade avancé, lorsque le cancer s’est déjà propagé, et que les chances de survie sont alors très faibles. »
La professeure Annemiek Snoeckx est professeure associée à l’Université d’Anvers, cheffe du service de radiologie à l’Hôpital Universitaire d’Anvers (UZA) et chercheuse principale de l’étude ZORALCS.
Elle explique que ces dernières années, il a été démontré qu’un dépistage précoce du cancer du poumon par scanner CT à faible dose chez les personnes à haut risque permettait de réduire significativement le taux de mortalité dû à ce cancer..
Traduire la science en pratique
« Nous devons à présent traduire ces preuves scientifiques solides en pratique clinique et dans le système de soins. Cela nécessite une recherche sur la mise en œuvre — un objectif à la fois de l’Europe et de la Flandre — et c’est précisément ce que nous faisons avec ZORALCS. »
Le nom de l’étude vient de la zone de première ligne ZORA (Zuid-Oost Rand Antwerpen) et elle se déroule dans les communes de cette zone : Boechout, Kontich, Lint, Mortsel, Edegem et Hove.
« Le grand défi est de repérer toutes les personnes à haut risque : celles qui fument ou ont fumé pendant de nombreuses années », explique la professeure Snoeckx. « Ces informations ne figurent pas dans les dossiers médicaux des patients, donc nous devons les identifier autrement. Pour cela, nous utilisons une plateforme en ligne où les personnes potentiellement concernées répondent à une série de questions. »
Pour estimer le risque qu’une personne qui fume ou a fumé développe un cancer du poumon, ZORALCS utilise un modèle de prédiction. « Celui-ci prend en compte l’historique tabagique, exprimé en ‘paquets-années’, mais aussi les antécédents familiaux, une éventuelle BPCO, l’IMC, le niveau d’études, etc. »
« Afin de collecter ces informations, les participants répondent en ligne à plusieurs questions via notre plateforme, sécurisée avec itsme. Ils voient immédiatement s’il est recommandé de prendre rendez-vous pour un scanner CT. »
Obstacle numérique?
Aller sur un site, se connecter via itsme, répondre à des questions : est-ce vraiment accessible à tout le monde ? « C’est un obstacle, dont on ne peut pas faire abstraction en raison de la législation sur la vie privée », indique la professeure Snoeckx.
« Nous conseillons aux personnes moins à l’aise avec l’informatique de demander un coup de main à leurs enfants ou petits-enfants. Avec les lettres d’invitation envoyées aux personnes concernées, nous joignons aussi des informations sur les guichets numériques dans leur commune, où elles peuvent recevoir de l’aide. »
« Pour toucher un maximum de personnes, nous faisons également appel aux médecins généralistes, pharmaciens et autres professionnels de santé, aux autorités communales et aux CPAS, ainsi qu’aux conseils et associations de seniors. Et nous menons des campagnes sur les réseaux sociaux. »
« Les médecins, pharmaciens, kinésithérapeutes et infirmiers à domicile sont proches de leurs patients. Nous avons besoin de tous pour toucher tout le monde. »
Mais est-ce que les professionnels de première ligne ont réellement le temps de s’y consacrer ? Les généralistes sont déjà surchargés.
« Nous ne leur demandons pas de réaliser le dépistage ou de remplir quoi que ce soit. Il s’agit uniquement d’informer leurs patients sur l’existence du dépistage gratuit, et si l’un d’eux est un gros fumeur ou l’a été, de l’encourager à remplir notre questionnaire en ligne. Les médecins, pharmaciens, kinésithérapeutes et infirmiers à domicile sont proches de leurs patients. Nous avons besoin de tous pour toucher tout le monde. »
Tous les niveaux d’instruction
Dans trois des six communes, les lettres d’invitation ont déjà été envoyées, soit à plus de 10.000 personnes invitées à passer le test en ligne.
La professeure Snoeckx : « Plus de 350 d’entre elles ont déjà pris rendez-vous pour un scanner. Le recrutement se passe plutôt bien. Nous ne pouvons cependant pas dire avec certitude quel pourcentage de la population à haut risque nous atteignons, car nous ne savons pas exactement combien de personnes sont concernées. »
« Nous atteignons de nombreux habitants ayant un niveau de formation moins élevé, ce qui est parfois difficile dans d’autres études. »
« Ce qui est encourageant, c’est que près de la moitié des participants indiquent que le secondaire est leur niveau d’études le plus élevé. Cela signifie que nous atteignons aussi de nombreux habitants ayant un niveau de formation moins élevé, ce qui est parfois difficile dans d’autres études. »
L’invitation au dépistage doit obligatoirement être rédigée en néerlandais en Flandre, mais grâce à des QR codes, les destinataires peuvent accéder aux informations dans d’autres langues. « Nous étudions aussi la manière de mener des campagnes ciblées vers d’autres cultures. »
Accompagnement au sevrage tabagique
Les scanners CT sont réalisés le samedi à l’UZA, à raison d’une trentaine par semaine. « Un service spécifique est alors prévu pour le dépistage du cancer du poumon », explique la professeure Snoeckx. « Cela se déroule très bien. Parallèlement à ZORALCS, nous menons aussi l’étude TAMIRO-STOP, consacrée à l’arrêt du tabac. 80 % des personnes qui fument encore y participent. »
« TAMIRO-STOP évalue l’impact d’un accompagnement intensif au sevrage tabagique. Les participants sont répartis en deux groupes : l’un bénéficie d’un accompagnement intensif par un tabacologue, l’autre reçoit uniquement des informations concises sur les aides disponibles pour arrêter de fumer. »
« J’espère que notre étude démontrera que proposer un tel accompagnement intensif au moment du dépistage augmente fortement les chances de réussite. Car la combinaison des deux présente aussi un grand intérêt en termes de rapport coût-efficacité. »
Il est encore trop tôt pour dire combien de tumeurs pulmonaires ont été détectées chez les personnes examinées par ZORALCS. « Mais nous avons déjà repéré un certain nombre d’anomalies très suspectes », indique la professeure Snoeckx.