La Suède en bonne voie pour éliminer le cancer du col de l’utérus d’ici 2027

02 mars 2026

La Suède est sur le point de contrôler la propagation du papillomavirus humain (HPV) et, ce faisant, d’éliminer pratiquement le cancer du col de l’utérus d’ici 2027. Si elle y parvient, ce serait une première historique : un pays éradiquant un cancer. Comment ? En misant simultanément sur la vaccination contre le HPV et sur le dépistage du cancer du col, en renforçant les programmes scolaires et les campagnes de dépistage existants, et en ajoutant des mesures ciblées pour atteindre les personnes les plus à risque.

    « Nous disposons déjà de tout ce qu’il faut : une vaccination gratuite dans les écoles pour les filles et les garçons, un dépistage gratuit pour les femmes de 23 à 70 ans, des registres de données de grande qualité et des recherches solides qui montrent que cela fonctionne. Et pourtant, les modèles montraient qu’en utilisant simplement ces outils, nous éliminerions le cancer… mais seulement en 2039. Jusque-là, des femmes continueraient à développer un cancer du col. Alors nous sommes sortis du laboratoire et avons dit : ‘Ça suffit !’ Utilisons pleinement ces outils et nos données pour éradiquer cette maladie le plus rapidement possible. »

    La Dre Sara Arroyo Mühr est professeure associée, biologiste des tumeurs et coordinatrice au Center for Cervical Cancer Elimination de l’institut Karolinska, à Stockholm. Elle consacre depuis des années ses recherches au HPV et au cancer du col, une maladie causée dans la grande majorité des cas par le HPV.

    « C’est un cancer qui tue des centaines de milliers de femmes chaque année dans le monde. Des décès évitables. Car nous avons les outils. Utilisons-les pour empêcher ce cancer de se développer. Même celles qui survivent peuvent en garder de lourdes séquelles à vie. »

    Un dépistage précoce pour de meilleurs résultats

    La pierre angulaire du plan d’action suédois repose sur la prévention par la vaccination et le dépistage. Depuis 2010, la vaccination contre le HPV est proposée aux filles à l’école, et depuis 2020, aux garçons également. Le HPV est aussi responsable de certains cancers chez les hommes.

    « La vaccination se fait à l’école, via l’infirmière ou le médecin scolaire, explique Sara. L’objectif est de la rendre aussi simple et accessible que possible. Les parents doivent donner leur consentement, et 9 sur 10 le font. En quelques semaines, nous vaccinons quasiment tous les enfants de 10 et 11 ans du pays. »

    Outre la vaccination, un programme national de dépistage est en place. Les femmes de 23 à 70 ans sont invitées à un dépistage gratuit du HPV. Si le résultat est négatif, elles sont recontactées tous les cinq ans jusqu’à 49 ans, puis tous les sept ans ensuite. Une détection précoce améliore fortement les chances de traitement, notamment contre le cancer du col. Si le test est positif, un suivi rapproché est organisé pour vérifier si le système immunitaire élimine le virus, avec traitement si nécessaire, afin d’éviter les lésions graves et, in fine, l’apparition d’un cancer.

    « Nous avons amélioré le programme de dépistage pour qu’il soit plus pratique et respectueux de l’intimité des femmes, ajoute Sara. Le test peut être réalisé par un professionnel de santé ou en auto-prélèvement. Les femmes reçoivent le kit à domicile, effectuent le prélèvement chez elles, en toute tranquillité, et le renvoient par la poste dans une enveloppe prépayée. Beaucoup apprécient cette option, qui leur laisse plus de contrôle et respecte leur intimé. Deux tiers la préfèrent. »

    La persévérance porte ses fruits

    « Le suivi est essentiel », insiste Sara. « Chaque femme reçoit une lettre d’invitation personnalisée pour participer au programme de dépistage. Si elle ne se présente pas, elle recevra une autre lettre l’année suivante — et encore une l’année d’après, jusqu’à ce qu’elle accepte. Grâce à notre système informatique, nous suivons tout le processus et nous assurons qu’aucune femme ne soit laissée de côté. Le dépistage à grande échelle est crucial pour éliminer le cancer du col. »

    Accélérer avec des campagnes de rattrapage ciblées

    Comme mentionné, les modèles préliminaires prévoyaient que la vaccination scolaire et le dépistage de masse pourraient permettre d’éliminer le cancer du col en Suède d’ici 2039. « Trop lent pour nous », dit Sara. « Nous avons donc analysé les données et constaté que la plupart des transmissions du virus se produisent chez les moins de 30 ans. Au-delà, les transmissions sont rares car les gens ont moins de partenaires sexuels. »

    En Suède, les moins de 23 ans étaient déjà pleinement vaccinés et donc protégés. Parmi ceux nés entre 1994 et 1999 (24 à 30 ans), seuls 60 % environ étaient vaccinés, avec une ancienne version du vaccin.

    « En réponse, nous avons lancé en 2021 un programme de rattrapage : vaccination et dépistage simultanés pour les femmes nées entre 1994 et 1999. Nous avons utilisé les centres de vaccination covid et de dépistage. Aujourd’hui, plus de 3 000 vaccinateurs sont autorisés dans tout le pays — médecins généralistes, gynécologues, sages-femmes — tous jouent un rôle essentiel. »

    « L’idée est simple, explique Sara. Nous proposons la vaccination à toutes les femmes de 23 à 30 ans. La vaccination protège contre les infections futures par le HPV, mais pas contre une infection déjà présente. C’est pourquoi il est aussi essentiel de faire un test HPV. »

    « Si elles sont positives, nous les suivons de près pour voir si leur système immunitaire élimine le virus. Si ce n’est pas le cas et qu’une lésion se développe, nous la traitons rapidement, bien avant qu’elle ne devienne précancéreuse. Une fois l’infection éliminée et la vaccination effectuée, elles sont protégées. »

    « La Suède compte au total 350 000 femmes âgées de 23 à 30 ans. Pour réussir et parvenir à l’élimination, au moins 70 % d’entre elles doivent être vaccinées. Les autres bénéficieront de l’immunité collective. Certaines régions comme Värmland, Kalmar, Västernorrland ou Halland ont déjà dépassé ce seuil. D’autres, comme Stockholm, sont encore un peu en retard, autour de 53 %. Au niveau national, la couverture est de 60 %, et continue de progresser. »

    « Il ne faut jamais croire que le cancer du col de l’utérus se traite facilement. Certes, il existe des options thérapeutiques, mais elles peuvent être difficiles, douloureuses, voire bouleverser toute une vie. C’est pourquoi la prévention, par la vaccination et un dépistage régulier, est absolument essentielle.»

    Un contact créatif avec les jeunes femmes

    « L’un de nos plus grands défis était simplement de faire savoir aux jeunes femmes qu’elles avaient droit à la vaccination gratuite contre le HPV », explique la Dre Arroyo Mühr. « Nous avons tout essayé : lettres personnalisées, messages en ligne, couverture médiatique, campagnes ciblées sur les réseaux sociaux. Nous sommes aussi présentes sur les campus, là où elles se trouvent. »

    « Oui, nous les poursuivons — dans leur propre intérêt, et dans celui de la santé publique. Et nous avons reçu un soutien extraordinaire des décideurs, des associations de patients et de la Ligue suédoise contre le cancer. »

    Certaines initiatives originales incluent une campagne en 2024 où les femmes pouvaient recevoir un vaccin gratuit contre le HPV au cinéma en échange d’un ticket de séance — ce qui a permis plus de 600 vaccinations supplémentaires. « Nous avons aussi collaboré avec les bus de vaccination mobiles qui administrent d’ordinaire les vaccins contre les tiques. Ils proposent maintenant aussi le vaccin contre le HPV. »

    Des fonds publics bien investis

    Ce plan est ambitieux, et il a un coût : il inclut des recherches approfondies, des vaccins, un dépistage national, des invitations individuelles à des centaines de milliers de femmes, des campagnes publiques et l’analyse de données — le tout financé par le gouvernement suédois.

    « Mais c’est incontestablement moins cher que de traiter un cancer et d’en gérer les conséquences à long terme », affirme la Dre Arroyo Mühr. « Et surtout, cela fonctionne. C’est ce qui compte. Le coût de l’inaction, et des traitements, est infiniment plus élevé. »

    La Suède collecte des données sur le dépistage du cancer du col depuis 1964, avec des millions de points de données. « Les résultats sont sans appel », dit-elle. « Les types 16 et 18 du HPV — les plus dangereux — ont chuté de 98 à 99 %, alors même que seulement 83 % des jeunes sont vaccinés. C’est la puissance de l’immunité collective. Les données parlent d’elles-mêmes. Il n’y a pas de place pour la subjectivité ici. »

    2027 : le point de bascule

    Les modèles actuels montrent que la Suède est en bonne voie pour éliminer efficacement le cancer du col d’ici 2027. « Il nous suffit que 70 % des femmes de 23 à 30 ans soient vaccinées. Nous y sommes presque — un dernier effort », dit Sara.

    Certes, tout le monde ne sera pas vacciné ou dépisté. « Certaines personnes peuvent mal réagir au vaccin en raison de facteurs génétiques, ou ne pas pouvoir le recevoir pour cause d’immunodépression. Mais ces cas sont rares — et c’est là que l’immunité collective joue un rôle clé, en protégeant ceux qui ne peuvent l’être individuellement. »

    « En santé publique, ‘élimination’ ne signifie pas zéro cas », précise-t-elle. « Cela veut dire ramener l’incidence à moins de 4 cas pour 100 000 personnes. À ce stade, le cancer du col n’est plus une menace pour la santé publique. Et c’est exactement ce que nous visons. »

    Elle insiste : « Nous ne comptons pas laisser qui que ce soit de côté. Nous nous engageons à atteindre chaque femme. »

    Premier cancer prévenable par un vaccin

    « Aujourd’hui, nous sommes toutes obsédées par notre santé : nos montres connectées comptent nos pas, suivent notre fréquence cardiaque, notre taux d’oxygène. Nous faisons attention à ce que nous mangeons, à faire de l’exercice. C’est super. Mais n’oublions pas que la prévention passe aussi par la vaccination et le dépistage. »

    « Pour la première fois dans l’histoire, nous pouvons réellement prévenir un cancer grâce à un vaccin. Toutes les femmes de moins de 30 ans devraient le savoir et vérifier leur statut vaccinal. La plupart d’entre nous ignorent quels vaccins nous avons reçus enfants. Moi non plus je ne le savais pas ! Et je vous en prie : toutes les femmes éligibles devraient participer au dépistage. Ne repoussez pas cela à “la semaine prochaine” qui n’arrive jamais. Trop de cas de cancer apparaissent à cause de ces retards. »

    « Il ne faut jamais croire que le cancer du col de l’utérus se traite facilement. Certes, il existe des options thérapeutiques, mais elles peuvent être difficiles, douloureuses, voire bouleverser toute une vie. C’est pourquoi la prévention, par la vaccination et un dépistage régulier, est absolument essentielle. »

    « Le traitement, qui n’est ni gratuit ni disponible partout, est souvent lourd. Vous pouvez perdre votre utérus et avec lui la possibilité d’avoir des enfants. Dans les cas plus avancés, une partie du côlon ou de la vessie peut devoir être retirée, entraînant une stomie. »

    « La douleur, physique comme émotionnelle, est bien connue et peut être écrasante. Beaucoup de patientes disent qu’aucun antidouleur ne parvient à la soulager complètement. Survivre au cancer du col de l’utérus ne signifie pas forcément retrouver la même qualité de vie qu’avant — et ce n’est certainement pas une partie de plaisir. Mais voilà : aujourd’hui, nous avons tous les moyens pour prévenir cette maladie. Alors, utilisons-les. »

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